Thursday, August 17, 2006

Janis Joplin


Janis joplin est l'incarnation du blues.

Janis sainte étoile, Janis si pure et si belle, dans sa souffrance de la vie, derrière son magnifique sourire de jeune fille, derrière sa vie sous les projecteurs...

Janis a défini ce qu'est le blues, et même j'iarai plus loin, ce qu'est CHANTER lorsqu'elle dit : « Quand je chante, c'est comme une course (…). Quand c'est terminé, vous pouvez vous en souvenir mais vous n'en êtes déjà plus conscient jusqu'à ce que ça se reproduise. (…). C'est comme un moment formidable. C'est comme un orgasme, vous ne pouvez pas vous en souvenir mais vous vous en souvenez malgré tout »

ou encore: "Sur scène, je fais l'amour à 25 000 personnes. Après, je rentre à la maison, seule."

ou encore: "S'il n'y avait pas eu le blues, je me serais sans doute envoyée sous terre".

ou encore: "
Je ne peux pas parler de mon chant, je suis à l'intérieur de celui-ci. Comment pouvez vous décrire quelque chose quand vous êtes à l'intérieur ?"

Janis... Ange parmi les anges...



Friday, August 04, 2006

Le Rock

Voila maintenant un an que je n’écoute plus la radio.

A la place au moment ou j'écris ces lignes, c'est le fameux Cheap Thrills du Big Brother & The Holding company qui tourne sur mon ordinateur, groupe qui révéla la grande et magnifique Janis Joplin, Janis la passionnée, qui devenait littéralement tout ce qu'elle chantait,e t l'exprimait avec tout son corps, toute son âme, toute sa vie, toute sa mort, tous ses gestes, et toute son émouvante sensibilité, littéralement habitée par la musique.

Cet album est sorti en 1967, durant un temps ou le Rock'n'roll a été transcendé musicalement par le jazz les Beatles et l'Expérimentation, et spirituellement par la poésie Beat de Ginsberg et le Sur la route de Kerouac, les vagues de contestations contre la guerre, le besoin de révolte d'une génération et...l'Expérimentation.

Nous pouvons tout de même remonter à la naissance même du rock, et à ce fameux jour de 1954 (si je ne dis pas de bêtises) ou Elvis Presley, jeune gamin de la petite ville de Tupelo (Mississipi) enregistre ce qui est le tout premier disque de rock dans l'histoire: That's all right mama, une vielle ballade blues électrifiée en rock'n 'roll "c'était comme si la foudre s'était abattue dans le studio" se souviennent les musiciens de l'époque. Le vieux blues devient flamme, brûlure de vivre, spirale mystique comme dirait l'autre.

Expérimentation.

Expérimentation et feu.

Que dire d'un Gene Vincent qui chante appuyée sur sa jambe armée de métal les yeux plantés au ciel, qui descends aider ses fans dans la fosse, lorsqu'éclate une bagarre avec les flics de la sécurité. Brûlure et feu. Expérimentation.

Expérimentation et poésie, dans le chemin d'un jeune Robert Zimmermann, futur Bob Dylan, qui mariera a merveille le folk de sa gratte sèche à la poésie qui lui est propre "Hey Mr Tambourine Man!", tout en sachant par la suite électriser son oeuvre, provoquant un tollé général de la part de la génération folk qui le suivait comme les apôtres suivent un prêtre, mais lui continuera, toujours aussi poète que musicien (ne peut être que poète que celui qui écrit "Inside the museums, infinity goes up on trial"). Feu et poésie. Expérimentation.

Rimbaud pas très loin.

Rimbaud pas loin de Morrison, poète/shaman, intronisé roi Lézard et roi du rock presque par hasard, qui tentera de se défaire de ses oripeaux en revenant a la barbe du bluesmen, à l'alcool, et a la poésie, à ses carnets de notes perdus pour beaucoup, oubliés dieu sais ou, dieu sais quand, a coté de dieu sais quoi ou dieu sais qui.

Que dire du Velvet Underground, des Reed, Cale Nico et Warhol, en grand mécène de ce rock urbain expérimental, jeté en ce temps la aux ordures, mais qui plusieurs décennies plus tard, retrouvera un statut d'album pionnier du rock amplement mérité. Que dire d'Heroin, Venus in furs, European Son, qui dépassèrent les limites de la simple musique en tant que mélodie.

Expérimentation et feu.

Sans parler de la rage d'un Eric Burdon et de ses Animals chantant Paint in black ou le magnifique When I was Young ("I was so much older than...When I was young"), du psychédélisme d'un Pink Floyd loin du rock progressif mais bien plus proche du psychédélisme (à l') acide du Genie Syd Barett - décédé récemment, paix a son âme - De la diablerie puissante du Sympathy for the Devil des Stones, et des danses de démons de l'encore jeune Mick Jagger bien avant qu'il devienne le semi clown du stade de France (je reste encore sous le choc de ce live des Stones au Hyde park en 69, quelques jours après la mort de Brian Jones), Que dire d'un Hendrix doté du don magnifique de pouvoir faire cracher physiquement et mentalement, sur d'autres plans de perceptions, du FEU à sa guitare électrique, dépassant le stade du guitar hero et de sa technique ennuyeusement infaillible, pour devenir un espèce d'être hybride, qui semble être né avec une guitare entre les mains, guitare qui fait partie de lui, de sa chair , de son être, d'une telle manière qu'il ne semble même plus qu'il aie jamais eu à apprendre à jouer, comme si les heures de travail passé sur son manche n'étaient pas du travail mais une intégration physique, chimique de sa guitare électrique, à l'intèrieur mêm de son corps. Expérimentation.

Que dire encore de la dinguerie magistrale d'un Captain Beefheart, et de ses morceaux déstructurés, puzzles dadaïstes improbables atomisant tout conventionnalisme des mélodies. Expérimentation.

Que dire de Bowie, look Ziggy Stardust, ambivalence affichée, faiseur de géniales mélodie pop , matinées de la présence d'un ailleurs qui laisse dans les yeux et les oreilles comme un doux et mystérieux nuage de mystère. Beauté, et expérimentation.

Nous pourrions continuer longtemps, parlant de l'arrivée Folle d'Iggy Pop et des Stooges, Lançant le premier coup de lame vers la paix et l'amour du psychédélisme a contre courant complet de leur époque, puis des New York Dolls, qui retournèrent à l'esprit des chansons rock de trois minutes, brûlot de l'âme et spirale folle du vivre maintenant; Des Televisions, et de ce fameux son de guitare qui pleure sur Marquee Moon, des Ramones qui envoient tout sens de la vie flamber en deux minutes trente avec une simple musique de crétin, de Patti Smith la poète, et de son rock sorti droit du fin fond des couilles deDieu, de ces deux Dingues Martin Rev et Alan Vega qui formèrent Suicide, des lames de rasoirs lancées a coup de décibels par Johnny Rotten et les Sex Pistols, puis par ce même Johnny Rotten avec sa disco dub mutante de Public Image Limited, tant et tant d'autres noms encore pour allonger la liste, les Siouxsie, Cure, Smiths, Jesus & Mary Chain, Pixies, Jeff Buckley, Portishead Nirvana, Radiohead, Sonic Youth et tant d'autres encore que je dois certainement oublier, qui tous ont eu en commun ce besoin d'expression de leurs états internes - et donc un peu, plus ou moins de leur époque - tout en transcendant les créations musicales de leur temps, en transcendant les habituelles structures, mélodies, paroles du moment, et des intentions développées par une musique, des émotions qu'elles peuvent amener, bref en Saisissant l'auditeur au sens spirituel du Terme.

Voila maintenant un an que je n’écoute plus la radio.

Pourquoi?

Qui sont les artistes pour la plupart "à la mode" de nos jours? Bloc Party, Franz Ferdinand, Strokes, Kaiser Chiefs, Muse, qui pour moi n'amènent aucune forme de nouveauté, aucune forme d'élan nouveau au rock'n'roll, se contentant de prendre une mélodie - pas toujours extraordinaire -, de la décliner à grand coup de couplet refrain couplet refrain boum bam boum bam, et de ne pas développer... ne pas dévelloper quoi? La folie mon cher Watson, la folie , la poésie, la vie surmultipliée, se contentant de faire du rock festif. (au passage, j'ai écouté avant de dire cela les deux albums des Franz Ferdinand, celui de Bloc Party, ainsi que le dernier Muse (possédant déjà Origin of Simmetry et ayant déjà entendu Absolution)

Ce qui n'a en soi rien de dégoûtant, hideux, immonde infect ou dieu sais quoi - et entendons nous bien, je ne parle pas des êtres humains mais uniquement sur le plan musical - certes, donc cela n'a rien d'affreux de vouloir faire "bouger les popotins", non...

Ce qui est dérangeant, c'est que ce genre de mouvement, loin des plus méritoires - je le répète, je ne prétends pas détenir la vérité absolue en matière de musique, parce qu'elle n'existe pas, le bon goût, au bout du compte, ce sont les chemins artistiques et spirituels que chacun à envie d’explorer - ce genre de mouvements donc est LE PLUS MEDIATISE.

Chose que je ne peux comprendre, quand je vois la folie surréaliste et mélancolique de Frog eyes et de Xiu Xiu, quand je vois la magnifique scène de Shoegazing composée entre autre par des groupes comme les Warlocks ou le Brian Jonestown Massacre , et son magnifique leader Anton Newcombe qui possède assez de couilles pour mettre tous les albums du groupes en téléchargement gratuit sur leur site officiel, pour rappeler au monde que l'art et la musique doivent être gratuit pour tous et tout le monde, mais que c'est à tout un chacun de donner à l'artiste de quoi vivre; quand je vois le psychédélisme légèrement grungisée des Lilys, avec leurs magnifiques envolées de guitares étranges et envoutantes...

Certes, il est vrai que trois groupes récents de ma connaissance (Arcade fire, Architecture in Helsinki, Clap your hands say yeah!), font parties intégrante de ma discothèque idéale, tout en ayant bénéficié du syndrome "meilleur groupe du monde". Et d'ailleurs, ces trois groupes me donnent espoirs.

Mais je ne peux comprendre, malgré tout, en ce qui concerne les autres.

Le problème n'est pas la sincérité - tous ceux qui font ce métier l'ont, de la variété jusqu'au death metal, car il est impossible de faire ce métier si on ne crois pas en ce qu'on fait - le problème est dans ce que la musique apporte, le problème est dans la forme de FOLIE, le problème est dans la VIOLENCE EMOTIONELLE DE L'IMPACT POSITIF OU NEGATIF QU'A EU L'EXISTENCE SUR UN ETRE HUMAIN, ET LA MANIERE DONT CET IMPACT EST EXPRIME.

Voila pourquoi je n'écoutes pas la radio, et que je conchies sur la musique - et uniquement sur la musique et sur les membres du groupe en tant que musicien , et non sur les êtres humains - de groupes tels que Muse (même si j'ai écouté Origin of Simmetry au lycée, que j'ai de moins en moins aimé au fil du temps ou j'ai découvert d'autres choses - et les vrais bons groupes sont ceux qu'on écoute toujours quoi qu'il puisse arriver musicalement dans nos oreilles - ) Bloc Party, Franz Ferdinand, etc...

C'est une vision de la musique qui m'est propre et que je n'impose pas même si parfois ma passion me le fait oublier (genre : " Mais en fin c’est comme ça, tu ne peux donc pas comprendre???") ni que j'enferme hypocritement, juste histoire d'avoir mon opinion, derrière un " c'est ma vision des choses et tu as la tienne, et chacun a la sienne, point."

C'est une vision des choses que je cherche à partager, et à apporter à qui veut bien l'entendre, et/ou à en débattre avec qui veut bien en débattre.

A bon entendeur,

Henode.




Friday, July 28, 2006

Robert Wyatt

Ici, Robert Wyatt avec Soft Machine, peu avant la séparation du groupe.



Ici, Robert Wyatt il y a peu, parlant de sa chute puis interprétant Sea Song (désolé pour les non-anglophones c'est sans sous-titres pour la première partie)

Robert Wyatt

D'aucuns parlent de miracle. D'autres de renaissance, de vie. D'autres d'un talent extraordinaire, d'un travail d'orfèvre. Tous sont certainement dans le vrai.

Robert Wyatt a écrit ce qui restera dans la mémoire de bien des hommes un des meilleurs albums de tous les temps: Rock Bottom. Ainsi qu'une des plus belles chansons de tous les temps: Sea Song.

Ni plus, ni moins.

Il faut dire que Robert Wyatt est un exemple non seulement de musicien, mais d'artiste, et même (surtout) de Vie.





Robert est engagé dans le groupe anglais Soft Machine, qui pratique un free-jazz rock explosif, dans lequel Robert, justement, par sa technique, sa maitrise et son sens de l'explosivité mais aussi par son Chant (oui, à la batterie) particulier, tremblant, libéré de toute contrainte, et tout aussi "free" que la musique de la Machine Molle.
Le groupe fait son trou sur la scène underground anglaise, mais malgré son immense talent - ils étaient capable de faire durer jusqu'a une heure leurs chansons, improvisant presque infiiment sur celle-ci - , le groupe est plus reconnu en France, où ils donneront quelques concerts.
Seulement voila: aucun d'entre eux ne peut se saquer, ils ne se parlent pas vraiment pour ne pas dire plus du tout, tant et si bien qu'en 1970, Robert Wyatt est purement et simplement remercié sans aucun motif.
Celui-ci va tout d'abord créer un groupe qu'il appellera rien que pour emmerder ses ex-camarades, Matching Mole (voir la signification en français de Soft Machine). Cependant Robert aimerait abandonner la batterie pour se concentrer sur le chant et la composition, et reste serieusement dans l'expectative au bout de quelques albums.
Mais le destin décidera pour lui.

Le 1er juin 1973 Robert Wyatt, saoul comme un polonais (pardon à nos amis polonais qui ne me lisent pas) parie avec des convives qu'il est capable de grimper au 4ème étage de chez lui. Robert glisse, tombe. Fracture de la colonne vertébrale: Robert ne marchera plus jamais, mais surtout ne pourra plus jamais faire de batterie.

Alors, là ou bien des gens sombreraient dans un désespoir profond, dans la plus noire des mélancholies, enfermées dans la douleur cataclysmique que constitue pour soi-même sa popre impuissance, Rbert va avoir cet éclair monumental de vie: "Mais c'est genial! se dit-il pas du totu attristé, comme ça je n'ai plus à faire un choix, je peux me concentrer sur le chant!"

Le résultat le voici :






La perfection est atteinte sur ce chef-d'oeuvre, dans cette sorte de "free-pop" comme j'ai pu le lire je en sais plus ou malheureusement. Sea Song le morceau d'ouverture , est d'une beauté que je vous laises découvrir par vous même, mais ce diamant brut est largement égalé par les 5 autres titres de cet album organique, comme un oiseau en plein vol sur lequel nuos voyagerions, attaché à une de ses plumes.
Cette musique est éternelle. Purement et Simplement. Merci Robert.

Thursday, July 27, 2006

Suicide en Live (Ghost Rider)

Suicide - 1st Album (1977)




Attention, oreilles peu ouvertes s'abstenir ici.
Nous tenons en effet un disque qui déplaira à bien des oreilles.
Pourquoi? Simple. Voyons la composition du groupe "Suicide" (parce que "si l'on peut choisir sa propre vie, pourquoi ne pourrait-on pas choisir sa propre mort?") : Martin Rev sur un petit clavier électronique quelconque - Réellement quelconque puisqu'acheté d'occasion pour une bouchée de pain - ainsi qu'une élémentaire boite a rythme; Alan Vega au chant.
C'est tout.

Il suffit de peu de choses pour donner une âme à ce qui en apparence ne ressemble pas véritablement à de la musique. L'essentiel étant de transmettre une émotion, un état d'être, une histoire, une vision, peu importe ce dont il s'agit, pouvu que l'on amène l'auditeur à une vibration émotionnelle préciss.
Comment?
A l'aide de mélodies bien amenées, à l'aide d'un chant qui sais exprimer et transmettre ce qu'il veut exprimer et transmettre, à l'aide d'une bonne orchestration...
Les moyens sont multiples.

Au moment ou j'écris ces lignes, j'écoute "Frankie Teardrop" , avant dernier morceau de cet album, mais aussi et surtout La chose la plus terrifiante que j'ai jamais entendue à ce jour. Cette tranche d'abîme de 10 minutes et 26 secondes, nous conte l'histoire de Frankie, ouvrier viré de son usine qui n'a plus d'autre choix que de tuer sa femme et ses enfants. On entends les hurlements, d'Alan Vega, hurlements de damnés, qui nous font vivre la balle dans le creux de la poitrine du gosse, qui nous font vivre la descente en enfer de Frankie.

Et tout cela avec une voix, une boite a rythme pourrie et un clavier tout aussi merdique.

Alors qu'à l'heure actuelle, des groupes comme Muse sortent des albums amplis d'effets, de gadgets sonores, et de "Jean-michel Jarreries" tout aussi lourdes et quelconques que leurs paroles et l'univers qu'ils transportent à travers leur musique, durant la fin des années 70 ces deux types décriés par tous (ils se faisaient souvent insulter lorsqu'ils étaient sur scène, et souvent Alan Vega répondait par les poings aux provocations de la foule...) ont réussi avec trois fois rien à créer un album rempli, terrifiant, touchant à tout avec cette patte inquiétante qui fait que vous adorez cette musique qui techniquement pourtant pourrait être jouée par un gamin de 5 ans: Du rockabilly Electro-halluciné de "Johnny" au magnifique et amoureux "Cheree" en passant par l'apocalyptique (et dernier morceau du disque, l'enfer de frankie étant en quelque sorte conclu par un point définitivement final) l'apocalyptique "Che", ou le sensuel et lubrique "Girl".

Au même titre que Captain Beefheart (dont je risque de parler d'ici peu tiens) Suicide est un groupe intemporel parce qu'a contre courant de toute création musicale. Mêm si l'un et l'autre ont eu leurs héritiers, aucun n'a réellement pu atteindre le degré de perfection de leurs mentors.

Wednesday, July 26, 2006

Johnny Cash à la prison de San Quentin (1969)

Sunday, July 16, 2006

Johnny Cash - At Folsom Prison (1968)





"Hello, I'm Johnny Cash".

Mots simples. Modestes. Pourtant, Dieu sais si Johnny Cash pourrait se vanter de bien des choses. De son statut de Superstar, d'avoir décroché des pillules, dévoreuses de souffrance parce que dévoreuses de toute l'âme .
D'avoir fait partie des pionniers du Rock'n roll. D'avoir vu Elvis enflammer le coeur des jeunes filles en fleur, durant les années 50.
Mais c'est ainsi qu'il rentre, sur la scène de la prison de Folsom.

Les gars du pénitenciers n'ont cessé de lui écrire pour dire à l'Homme en Noir (le surnom de Johnny Cash, car il allait toujours à ses concerts habillé en noir de la tête aux pieds) qu'il les comprenait parfaitement, qu'il comprenait ce qui se passait en leurs coeurs et en leurs âmes - criminels devenus vases vides, hagards, violents et perdus, enfermés là, à attendre n'importe quoi - pour ceux le pouvaient encore - ou à se regarder pourrir pour ceux qui avaient déja tout perdus dans la course à l'existence. Ils regardaient pourrir leurs âmes, dans l'odeur de moisi et de pisse qui amplit la prison. Mais lui, Johnny, connaissait et chantait leur souffrance, et n'arrêtait pas son jugement à des actes passés. Comme le font - et le feront - les gens là-bas, dehors, un "dehors" devenu terre promise, terre d'oxygène et d'air, terre de liberté et de promesses.

Johnny lui, les comprenaient. Alors, un jour, en 1968 (le 13 janvier très exactement, à l'heure où sévissaient dehors les Jefferson Airplanes, Les Doors, Jimi Hendrix...) Johnny est venu rendre visite aux p'tit gars de Folsom.
"Hello I'm Johnny Cash".

Ainsi ce disque retrace ce concert de rock'n roll aux accents country, qui parle de l'Amérique des durs, de l'amérique à la sainte chrétientée - pas celle du pouvoir et de "l'Eglise", mais celle bien plus sainte et plus naïve de la foi simple, la lueur candide et pure, la vraie foi, celle des abbés isolés dans l'amour de Dieu - même si Johnny évidemment n'a rien d'un Abbé, peut être bien plus d'un prêtre - des chansons qui parlent de prisonniers, condamnés à morts, d'amours perdus ou retrouvés ( parfois chantées avec June Carter, sa compagne), de déchirement, de solitude, avec cette voix qui n'a pas encore toute la duretée, tout le roc de celle qu'il aura lors des derniers enregistrements de sa vie - lorsque le temps sous ses vagues persistantes aura usé et éreinté ses cordes vocales, la voix de Dieu, sans aucun doute - mais tout de même amplie déja d'un charactère sur, inhésitant, qui fait qu'on ne peut que croire à ces histoires de types butant leurs femmes après un shoot de cocaine, de condamnés à morts crachant sur le sheriff qui les insulte juste avant la pendaison en publique, des yeux bleus de cette jeune fille qu'on aimait éperduemment et qu'on ne cesse de revoir en tout lieu et en tout instant, et de l'histoire - celle de son public à ce moment là - de ce prisonnier qu'on amène en train à Folsom, car il a flingué un homme à Reno "juste pour le voir mourir" ( violence de l'image, pour une chanson écrite dans les années 50).

Johnny n'hésite pas à plaisanter avec son public, précisant que le concert à été enregistré "in case of hell or shit or anything like that". Et le public de rire, comme il rira lorsque Johnny chantera ses paroles acérées, et limpide comme une balle de Colt tirée quelque part dans un saloon au temps du Far West:

The judge he smiled as he picked up his pen
99 years in the Folsom pen
99 years underneath that ground
I can't forget the day I shot that bad bitch down


Johnny Cash.
Pionnier du Rock'n roll.
Immense Monsieur.

"Hello I'm Johnny Cash"