Friday, July 28, 2006

Robert Wyatt

Ici, Robert Wyatt avec Soft Machine, peu avant la séparation du groupe.



Ici, Robert Wyatt il y a peu, parlant de sa chute puis interprétant Sea Song (désolé pour les non-anglophones c'est sans sous-titres pour la première partie)

Robert Wyatt

D'aucuns parlent de miracle. D'autres de renaissance, de vie. D'autres d'un talent extraordinaire, d'un travail d'orfèvre. Tous sont certainement dans le vrai.

Robert Wyatt a écrit ce qui restera dans la mémoire de bien des hommes un des meilleurs albums de tous les temps: Rock Bottom. Ainsi qu'une des plus belles chansons de tous les temps: Sea Song.

Ni plus, ni moins.

Il faut dire que Robert Wyatt est un exemple non seulement de musicien, mais d'artiste, et même (surtout) de Vie.





Robert est engagé dans le groupe anglais Soft Machine, qui pratique un free-jazz rock explosif, dans lequel Robert, justement, par sa technique, sa maitrise et son sens de l'explosivité mais aussi par son Chant (oui, à la batterie) particulier, tremblant, libéré de toute contrainte, et tout aussi "free" que la musique de la Machine Molle.
Le groupe fait son trou sur la scène underground anglaise, mais malgré son immense talent - ils étaient capable de faire durer jusqu'a une heure leurs chansons, improvisant presque infiiment sur celle-ci - , le groupe est plus reconnu en France, où ils donneront quelques concerts.
Seulement voila: aucun d'entre eux ne peut se saquer, ils ne se parlent pas vraiment pour ne pas dire plus du tout, tant et si bien qu'en 1970, Robert Wyatt est purement et simplement remercié sans aucun motif.
Celui-ci va tout d'abord créer un groupe qu'il appellera rien que pour emmerder ses ex-camarades, Matching Mole (voir la signification en français de Soft Machine). Cependant Robert aimerait abandonner la batterie pour se concentrer sur le chant et la composition, et reste serieusement dans l'expectative au bout de quelques albums.
Mais le destin décidera pour lui.

Le 1er juin 1973 Robert Wyatt, saoul comme un polonais (pardon à nos amis polonais qui ne me lisent pas) parie avec des convives qu'il est capable de grimper au 4ème étage de chez lui. Robert glisse, tombe. Fracture de la colonne vertébrale: Robert ne marchera plus jamais, mais surtout ne pourra plus jamais faire de batterie.

Alors, là ou bien des gens sombreraient dans un désespoir profond, dans la plus noire des mélancholies, enfermées dans la douleur cataclysmique que constitue pour soi-même sa popre impuissance, Rbert va avoir cet éclair monumental de vie: "Mais c'est genial! se dit-il pas du totu attristé, comme ça je n'ai plus à faire un choix, je peux me concentrer sur le chant!"

Le résultat le voici :






La perfection est atteinte sur ce chef-d'oeuvre, dans cette sorte de "free-pop" comme j'ai pu le lire je en sais plus ou malheureusement. Sea Song le morceau d'ouverture , est d'une beauté que je vous laises découvrir par vous même, mais ce diamant brut est largement égalé par les 5 autres titres de cet album organique, comme un oiseau en plein vol sur lequel nuos voyagerions, attaché à une de ses plumes.
Cette musique est éternelle. Purement et Simplement. Merci Robert.

Thursday, July 27, 2006

Suicide en Live (Ghost Rider)

Suicide - 1st Album (1977)




Attention, oreilles peu ouvertes s'abstenir ici.
Nous tenons en effet un disque qui déplaira à bien des oreilles.
Pourquoi? Simple. Voyons la composition du groupe "Suicide" (parce que "si l'on peut choisir sa propre vie, pourquoi ne pourrait-on pas choisir sa propre mort?") : Martin Rev sur un petit clavier électronique quelconque - Réellement quelconque puisqu'acheté d'occasion pour une bouchée de pain - ainsi qu'une élémentaire boite a rythme; Alan Vega au chant.
C'est tout.

Il suffit de peu de choses pour donner une âme à ce qui en apparence ne ressemble pas véritablement à de la musique. L'essentiel étant de transmettre une émotion, un état d'être, une histoire, une vision, peu importe ce dont il s'agit, pouvu que l'on amène l'auditeur à une vibration émotionnelle préciss.
Comment?
A l'aide de mélodies bien amenées, à l'aide d'un chant qui sais exprimer et transmettre ce qu'il veut exprimer et transmettre, à l'aide d'une bonne orchestration...
Les moyens sont multiples.

Au moment ou j'écris ces lignes, j'écoute "Frankie Teardrop" , avant dernier morceau de cet album, mais aussi et surtout La chose la plus terrifiante que j'ai jamais entendue à ce jour. Cette tranche d'abîme de 10 minutes et 26 secondes, nous conte l'histoire de Frankie, ouvrier viré de son usine qui n'a plus d'autre choix que de tuer sa femme et ses enfants. On entends les hurlements, d'Alan Vega, hurlements de damnés, qui nous font vivre la balle dans le creux de la poitrine du gosse, qui nous font vivre la descente en enfer de Frankie.

Et tout cela avec une voix, une boite a rythme pourrie et un clavier tout aussi merdique.

Alors qu'à l'heure actuelle, des groupes comme Muse sortent des albums amplis d'effets, de gadgets sonores, et de "Jean-michel Jarreries" tout aussi lourdes et quelconques que leurs paroles et l'univers qu'ils transportent à travers leur musique, durant la fin des années 70 ces deux types décriés par tous (ils se faisaient souvent insulter lorsqu'ils étaient sur scène, et souvent Alan Vega répondait par les poings aux provocations de la foule...) ont réussi avec trois fois rien à créer un album rempli, terrifiant, touchant à tout avec cette patte inquiétante qui fait que vous adorez cette musique qui techniquement pourtant pourrait être jouée par un gamin de 5 ans: Du rockabilly Electro-halluciné de "Johnny" au magnifique et amoureux "Cheree" en passant par l'apocalyptique (et dernier morceau du disque, l'enfer de frankie étant en quelque sorte conclu par un point définitivement final) l'apocalyptique "Che", ou le sensuel et lubrique "Girl".

Au même titre que Captain Beefheart (dont je risque de parler d'ici peu tiens) Suicide est un groupe intemporel parce qu'a contre courant de toute création musicale. Mêm si l'un et l'autre ont eu leurs héritiers, aucun n'a réellement pu atteindre le degré de perfection de leurs mentors.

Wednesday, July 26, 2006

Johnny Cash à la prison de San Quentin (1969)

Sunday, July 16, 2006

Johnny Cash - At Folsom Prison (1968)





"Hello, I'm Johnny Cash".

Mots simples. Modestes. Pourtant, Dieu sais si Johnny Cash pourrait se vanter de bien des choses. De son statut de Superstar, d'avoir décroché des pillules, dévoreuses de souffrance parce que dévoreuses de toute l'âme .
D'avoir fait partie des pionniers du Rock'n roll. D'avoir vu Elvis enflammer le coeur des jeunes filles en fleur, durant les années 50.
Mais c'est ainsi qu'il rentre, sur la scène de la prison de Folsom.

Les gars du pénitenciers n'ont cessé de lui écrire pour dire à l'Homme en Noir (le surnom de Johnny Cash, car il allait toujours à ses concerts habillé en noir de la tête aux pieds) qu'il les comprenait parfaitement, qu'il comprenait ce qui se passait en leurs coeurs et en leurs âmes - criminels devenus vases vides, hagards, violents et perdus, enfermés là, à attendre n'importe quoi - pour ceux le pouvaient encore - ou à se regarder pourrir pour ceux qui avaient déja tout perdus dans la course à l'existence. Ils regardaient pourrir leurs âmes, dans l'odeur de moisi et de pisse qui amplit la prison. Mais lui, Johnny, connaissait et chantait leur souffrance, et n'arrêtait pas son jugement à des actes passés. Comme le font - et le feront - les gens là-bas, dehors, un "dehors" devenu terre promise, terre d'oxygène et d'air, terre de liberté et de promesses.

Johnny lui, les comprenaient. Alors, un jour, en 1968 (le 13 janvier très exactement, à l'heure où sévissaient dehors les Jefferson Airplanes, Les Doors, Jimi Hendrix...) Johnny est venu rendre visite aux p'tit gars de Folsom.
"Hello I'm Johnny Cash".

Ainsi ce disque retrace ce concert de rock'n roll aux accents country, qui parle de l'Amérique des durs, de l'amérique à la sainte chrétientée - pas celle du pouvoir et de "l'Eglise", mais celle bien plus sainte et plus naïve de la foi simple, la lueur candide et pure, la vraie foi, celle des abbés isolés dans l'amour de Dieu - même si Johnny évidemment n'a rien d'un Abbé, peut être bien plus d'un prêtre - des chansons qui parlent de prisonniers, condamnés à morts, d'amours perdus ou retrouvés ( parfois chantées avec June Carter, sa compagne), de déchirement, de solitude, avec cette voix qui n'a pas encore toute la duretée, tout le roc de celle qu'il aura lors des derniers enregistrements de sa vie - lorsque le temps sous ses vagues persistantes aura usé et éreinté ses cordes vocales, la voix de Dieu, sans aucun doute - mais tout de même amplie déja d'un charactère sur, inhésitant, qui fait qu'on ne peut que croire à ces histoires de types butant leurs femmes après un shoot de cocaine, de condamnés à morts crachant sur le sheriff qui les insulte juste avant la pendaison en publique, des yeux bleus de cette jeune fille qu'on aimait éperduemment et qu'on ne cesse de revoir en tout lieu et en tout instant, et de l'histoire - celle de son public à ce moment là - de ce prisonnier qu'on amène en train à Folsom, car il a flingué un homme à Reno "juste pour le voir mourir" ( violence de l'image, pour une chanson écrite dans les années 50).

Johnny n'hésite pas à plaisanter avec son public, précisant que le concert à été enregistré "in case of hell or shit or anything like that". Et le public de rire, comme il rira lorsque Johnny chantera ses paroles acérées, et limpide comme une balle de Colt tirée quelque part dans un saloon au temps du Far West:

The judge he smiled as he picked up his pen
99 years in the Folsom pen
99 years underneath that ground
I can't forget the day I shot that bad bitch down


Johnny Cash.
Pionnier du Rock'n roll.
Immense Monsieur.

"Hello I'm Johnny Cash"